NVIDIA (NVDA) : fiche entreprise, note qualité de 12/12

NVIDIA (NVDA) : 12/12, l’usine à IA du monde et la question du cycle

En avril 1993, trois ingénieurs s’attablent dans un Denny’s de San José, une chaîne de restaurants américaine où l’on sert du café à volonté. Jensen Huang, Chris Malachowsky et Curtis Priem y imaginent une puce dédiée aux graphismes en 3D pour les jeux vidéo. Trente-trois ans plus tard, l’entreprise qu’ils ont fondée vaut environ 5 400 milliards de dollars et fabrique le matériel sur lequel tourne presque toute l’intelligence artificielle de la planète.

NVIDIA obtient 12/12 dans mon screener, avec des chiffres que je croise rarement : une marge nette au-dessus de 50 %, une rentabilité du capital proche de 70 %. Et pourtant, l’action se paie environ 14 fois les bénéfices attendus l’an prochain, moins cher que bien des fabricants de soda ou de lessive. Ce paradoxe résume tout le débat : le marché se demande si ces bénéfices sont un sommet ou un nouveau plancher.

L’essentiel en un coup d’œil

CodeNVDA (Nasdaq)
ActivitéPuces et systèmes de calcul pour l’IA, cartes graphiques
Chiffre d’affaires215,9 milliards $ (exercice clos fin janvier 2026, +65 %)
Capitalisationenviron 5 400 milliards $
Note qualité Compounders12/12
Cours221 $ (14/10/2026)
Prix juste (ma méthode)430 $
PER sur les bénéfices attendusenviron 14
PEG (croissance à 1 an)0,5
Révisions des analystes🟢 haussières

Une histoire faite de paris

1999, la carte graphique. NVIDIA lance la GeForce 256 et popularise un mot promis à un bel avenir : GPU, pour processeur graphique. Sa particularité est de mener des milliers de petits calculs en parallèle, là où le processeur central d’un ordinateur les enchaîne un par un. Pendant quinze ans, cette puissance sert surtout aux joueurs.

2006, le pari CUDA. Jensen Huang décide de rendre ses puces programmables pour tout type de calcul, avec un langage maison baptisé CUDA. L’investissement est lourd, les clients se comptent alors sur les doigts d’une main, et Wall Street trouve l’idée coûteuse. C’est pourtant la décision la plus rentable de l’histoire de l’entreprise.

2012, le déclic. Des chercheurs de l’université de Toronto entraînent AlexNet, un réseau de neurones de reconnaissance d’images, sur deux cartes graphiques GeForce. Le résultat écrase la concurrence et lance la vague moderne de l’apprentissage profond. Toute la recherche en IA adopte les GPU de NVIDIA, et CUDA avec.

2022-2025, la tempête puis l’explosion. En 2022, la fin de la folie des cryptomonnaies et un trop-plein de stocks font chuter les ventes de cartes graphiques ; le bénéfice par action est divisé par deux et l’action perd plus de la moitié de sa valeur. En novembre de la même année, ChatGPT sort. Les géants du cloud se ruent sur les puces de NVIDIA, et l’entreprise devient la première au monde à dépasser 4 000 milliards de dollars de valeur boursière en juillet 2025, puis 5 000 milliards en octobre.

Comment NVIDIA gagne de l’argent

NVIDIA conçoit ses puces et confie leur fabrication à TSMC, à Taïwan. Le modèle demande donc peu d’usines : les investissements représentent moins de 3 % du chiffre d’affaires. Surtout, l’entreprise vend de moins en moins des puces isolées et de plus en plus des systèmes complets : processeurs graphiques, processeurs centraux Grace, liaisons NVLink qui font travailler 72 puces comme une seule, et équipements réseau issus du rachat de Mellanox en 2020.

Exercice 2026 (clos fin janvier 2026)VentesPartCroissance
Centres de données (IA, cloud)193,7 milliards $90 %+68 %
Jeux vidéo16,0 milliards $7 %+41 %
Visualisation professionnelle3,2 milliards $1,5 %+70 %
Automobile et robotique2,3 milliards $1 %+39 %

Les clients finaux sont une poignée de géants : Microsoft, Meta, Alphabet, Amazon, Oracle, et des acteurs plus récents comme CoreWeave ou OpenAI. La concentration se voit dans le rapport annuel : deux clients directs pèsent à eux seuls 22 % et 14 % du chiffre d’affaires de l’exercice 2026. Les quatre plus gros acteurs du cloud prévoient de dépenser plus de 700 milliards de dollars en infrastructures en 2026, et une large part de cette somme finit chez NVIDIA.

Le fossé qui protège NVIDIA

Une puce, même excellente, se copie. Ce qui protège NVIDIA, c’est tout ce qui l’entoure.

  • CUDA, vingt ans de bibliothèques logicielles et des millions de développeurs formés dessus. Changer de fournisseur oblige à réécrire et revalider une partie du code, un coût que peu d’équipes acceptent.
  • Le système complet : en vendant la puce, le réseau et le logiciel ensemble, NVIDIA vend une usine à IA prête à l’emploi, là où ses concurrents vendent souvent une seule brique.
  • Le rythme : une nouvelle génération chaque année (Hopper, Blackwell, puis Vera Rubin, en production depuis l’été 2026). Les concurrents visent une cible qui se déplace sans cesse.
  • L’accès à la production : NVIDIA a réservé la plus grosse part des capacités d’assemblage avancé de TSMC, le goulot d’étranglement de toute l’industrie.

Les menaces

Les clients deviennent concurrents

Google a ses puces TPU, Amazon ses Trainium, Meta ses MTIA, et OpenAI travaille sur les siennes avec Broadcom. Ces puces maison coûtent moins cher pour des tâches précises, et leurs volumes progressent plus vite que ceux des GPU : environ +45 % en 2026 contre +16 % selon le cabinet TrendForce. Pour l’instant, elles complètent les achats de NVIDIA plus qu’elles ne les remplacent, et servent aussi de levier dans les négociations de prix. Mais chaque point de part de marché gagné par ces puces finira par peser sur les marges.

La mémoire coûte de plus en plus cher

Les systèmes Vera Rubin embarquent énormément de mémoire à haute bande passante, dont le prix s’envole. La direction a prévenu : la marge brute, à 75 % aujourd’hui, devrait redescendre vers 71 à 72 % en fin d’année avant de se stabiliser. NVIDIA répercute une partie de la hausse sur ses prix, mais la question de son pouvoir de négociation face à des clients géants reste ouverte.

Le cycle

C’est la menace la plus sérieuse. Les semi-conducteurs sont une industrie cyclique : les clients achètent massivement, puis digèrent leurs stocks. L’épisode de 2022 l’a rappelé, avec un bénéfice divisé par deux en un an. Aujourd’hui, les géants du cloud dépensent tellement que l’agence S&P prévoit pour les six plus gros un cash-flow libre négatif en 2026 et 2027. Le jour où ils lèveront le pied, les ventes de NVIDIA pourraient reculer très vite.

La Chine

Les restrictions américaines à l’exportation ont pratiquement fermé le marché chinois des centres de données. Des licences ont été accordées en 2026 pour la puce H200, mais les livraisons restent minimes, et NVIDIA exclut désormais la Chine de toutes ses prévisions. C’est un risque déjà intégré, et un potentiel de hausse si la situation se débloque.

Ce qu’en pensent les investisseurs

L’action reflète bien ce doute. En 2026, elle a longtemps fait du surplace pendant que l’indice des semi-conducteurs grimpait de près de 80 % au premier semestre, porté par les fabricants de mémoire et d’équipements. Sur les forums d’investisseurs et dans la presse financière, deux camps s’opposent.

  • Les optimistes rappellent que Jensen Huang revendique plus de 1 000 milliards de dollars de demande visible pour Blackwell et Rubin jusqu’à fin 2027, et que l’action se paie à l’un de ses multiples les plus bas depuis dix ans selon Bank of America.
  • Les sceptiques parlent de bulle, pointent les ventes d’actions des dirigeants, la montée des puces maison et la pression sur les marges, et estiment que les bénéfices actuels sont ceux d’un pic de cycle.

Les deux camps s’accordent sur les faits. Ils divergent sur la durée : combien de temps les dépenses en IA peuvent-elles continuer à ce rythme ?

Pourquoi la note est de 12/12

NVIDIA coche toutes les cases de mon score qualité, souvent avec une marge énorme au-dessus des seuils.

CritèreNVIDIAPoints
ROCE (médiane 4 ans)67 %2/2
ROE (médiane 4 ans)73 %2/2
Marges brute, opérationnelle et nette72 %, 57 % et 52 %4/4
Investissements en % du chiffre d’affaires2,6 %inclus ci-dessus
Croissance du chiffre d’affaires (médiane)114 % par an2/2
Croissance du cash-flow libre (médiane)125 % par an2/2
Action NVIDIA : note qualité de 12/12, détail des points par critère (ROCE, ROE, marges, croissance du chiffre d'affaires et du cash-flow libre)
Détail de la note de NVIDIA : 12/12, d’après les données du scan du 17 octobre 2026.

Ces médianes de croissance sont gonflées par l’explosion de 2023-2025 et retomberont mécaniquement. Les marges, elles, sont exceptionnelles pour une entreprise de matériel : NVIDIA garde plus de 50 centimes de bénéfice net sur chaque dollar vendu.

Le bilan suit : environ 99 milliards de dollars de trésorerie, de placements et de participations fin juillet 2026. L’essentiel du cash rendu aux actionnaires passe par les rachats d’actions, 40 milliards de dollars sur l’exercice 2026, avec encore 99 milliards autorisés. Le dividende est symbolique.

Combien vaut l’action

Le prix juste selon ma méthode

Mon prix juste part des bénéfices attendus pour l’exercice qui se terminera fin janvier 2028, environ 15,90 dollars par action selon le consensus, soit +70 % en un an. Avec une note de 12/12, j’applique 27 fois ces bénéfices. Résultat : 430 dollars, pour un cours de 221 dollars, soit une décote de 48 %.

Toute la question tient dans ces 15,90 dollars. Si les bénéfices arrivent, l’action est bon marché. Si le cycle se retourne avant, le prix juste fond avec eux. Chez NVIDIA, le risque se trouve moins dans le multiple que dans le bénéfice lui-même, et c’est pour cette raison que je regarde de près la pastille de révisions : aujourd’hui, les analystes relèvent encore leurs prévisions, avec 9 hausses et aucune baisse sur le dernier mois.

Trois scénarios à l’horizon janvier 2029

Voici trois hypothèses sur le bénéfice par action de l’exercice clos fin janvier 2029 et le multiple que le marché accepterait de payer.

ScénarioHypothèsesBPA 2029PERCoursPotentiel
PessimisteLes géants du cloud digèrent leurs achats en 2028, comme en 2022. Ventes et marges reculent, le bénéfice retombe vers son niveau de l’exercice en cours.9 $18160 $-28 %
CentralLe consensus est atteint pour l’exercice 2028, puis la croissance marque une pause.16 $20320 $+45 %
OptimisteRubin et ses successeurs tiennent leurs promesses, l’IA s’étend aux entreprises et aux robots.20 $25500 $+125 %

Le profil est plus risqué que celui d’une entreprise stable : le scénario noir coûte cher, parce qu’il touche le bénéfice et le multiple en même temps. En contrepartie, le scénario central offre déjà un potentiel confortable, avec un multiple de 20 qui reste modeste pour une entreprise de cette qualité.

Derniers résultats : mai à juillet 2026

Publiés le 26 août 2026 (deuxième trimestre de l’exercice 2027).

MontantÉvolution sur un an
Chiffre d’affaires96,2 milliards $+106 %
dont centres de données89,0 milliards $+117 %
dont informatique embarquée (jeux, pro, auto)7,2 milliards $+27 %
Marge brute75,0 %stable sur le trimestre
Bénéfice net59,7 milliards $
Bénéfice par action2,46 $

Le chiffre d’affaires a plus que doublé en un an et dépasse de 5 milliards de dollars l’objectif que la direction s’était fixé. Les centres de données représentent désormais 93 % des ventes. Le bénéfice net profite aussi de plus-values sur les participations de NVIDIA dans d’autres sociétés : hors ces éléments, il atteint 54 milliards de dollars.

Pour le trimestre suivant, NVIDIA vise 108 milliards de dollars de ventes, toujours sans la Chine, mais une marge brute en baisse à 74 %, puis vers 71 à 72 % en fin d’exercice à cause du prix de la mémoire. Les engagements d’achat auprès des fournisseurs ont plus que doublé, à 279 milliards de dollars, ce qui montre l’ampleur des commandes attendues. C’est la marge brute que je regarderai en priorité aux prochains résultats.

Prochaine publication : fin novembre 2026. Cette section sera mise à jour.

NVIDIA dans mes portefeuilles

Le Régulier a acheté NVIDIA à trois reprises : le 4 septembre, le 2 octobre et le 9 octobre 2026, autour de 200 euros par action. C’est aujourd’hui l’une de ses trois plus grosses lignes. Le suivi complet est sur la page Portefeuille.

Mon avis

NVIDIA est probablement la meilleure entreprise de mon screener, et aussi celle dont l’avenir est le plus difficile à prévoir. Les marges, le fossé logiciel et la vitesse d’exécution de Jensen Huang forment un ensemble que je croise rarement. Mais une partie des bénéfices actuels dépend du rythme de dépense de cinq ou six clients, qui eux-mêmes brûlent du cash pour suivre la course.

À 14 fois les bénéfices attendus, le marché intègre déjà une bonne dose de prudence. Je préfère ce point d’entrée à celui de 2024, quand l’action se payait plus de 40 fois ses bénéfices. Sur un titre aussi cyclique, une baisse de 30 à 50 % fait partie des scénarios possibles, et je la garde en tête avant toute décision. Transparence : je détiens des actions NVIDIA à titre personnel. Le Régulier, mon portefeuille simulé à capital fictif, en détient aussi.

Trois signaux me feraient changer d’avis :

  • une marge brute qui descend nettement sous 70 %, signe que NVIDIA perd son pouvoir de fixer les prix ;
  • des géants du cloud qui annoncent une baisse de leurs investissements pour l’année suivante ;
  • des analystes qui se mettent à baisser leurs prévisions de bénéfices. Dans mes portefeuilles, cette pastille rouge déclenche automatiquement la vente de la ligne.

Prochain rendez-vous fin novembre, avec les résultats d’août à octobre. Je mettrai cette fiche à jour dans la foulée.

Fiche à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une recommandation d’achat ou de vente. Sources : rapport annuel et communiqués de NVIDIA, données de marché du 14 octobre 2026, presse financière et études sectorielles. Les portefeuilles cités sont simulés, à capital fictif. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.

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