Calculer le prix juste d’une action : PER cible et marge de sécurité

Trouver une entreprise de qualité, c’est la moitié du travail. L’autre moitié consiste à savoir combien la payer. Une excellente société achetée trop cher peut faire stagner un portefeuille pendant des années, alors que la même société achetée au bon moment devient un placement remarquable.

Pour trancher, je calcule pour chaque entreprise un prix juste, puis je regarde où se situe le cours actuel par rapport à lui. Voici la méthode complète, avec des exemples réels.

La formule que j’utilise

Mon prix juste repose sur trois éléments :

Prix juste = BPA attendu × PER cible × marge de sécurité

Le BPA attendu, ou bénéfice par action prévisionnel, correspond à la moyenne des prévisions des analystes pour les douze prochains mois. J’utilise les bénéfices à venir plutôt que ceux du passé, parce que c’est eux que tu achètes quand tu achètes une action.

Le PER cible est le multiple de bénéfices que j’accepte de payer. Il dépend de la qualité de l’entreprise.

La marge de sécurité est une remise que je m’impose pour compenser mes erreurs possibles : des prévisions trop optimistes, un ralentissement imprévu ou un simple excès de confiance de ma part.

Un PER cible qui dépend de la qualité

Une entreprise très rentable, qui grandit régulièrement et génère beaucoup de cash, mérite d’être payée plus cher qu’une entreprise moyenne. Mon PER cible et ma marge de sécurité varient donc selon le score qualité sur 12 :

Score qualitéPER cibleMarge de sécuritéMultiple final
12/123010 %27 fois le BPA
10 à 11,5/122510 %22,5 fois le BPA
8 à 9,5/122015 %17 fois le BPA
7 à 7,5/121520 %12 fois le BPA

La logique est simple : plus l’entreprise est solide, plus j’accepte de la payer cher, et moins j’exige de remise. Une qualité moyenne doit être achetée avec une décote plus importante pour compenser le risque.

Un exemple complet avec Autodesk

Autodesk, l’éditeur des logiciels AutoCAD, obtenait 12/12 lors de mon scan de fin septembre 2026. Les analystes attendaient un bénéfice par action d’environ 14,20 dollars sur les douze mois suivants.

Le calcul donne 14,20 × 30 × 0,90, soit un prix juste d’environ 383 dollars. Le cours tournait alors autour de 203 dollars.

La décote, mon indicateur de tous les jours

Une fois le prix juste connu, je calcule la décote :

Décote = (cours actuel − prix juste) ÷ prix juste × 100

Pour Autodesk, cela donne (203 − 383) ÷ 383, soit une décote de 47 %. L’action se traitait presque à moitié prix par rapport à mon estimation.

Il faut garder en tête l’effet de la division. Une décote de 30 % signifie qu’il faudrait une hausse de 43 % pour rejoindre le prix juste, car 70 × 1,43 donne environ 100. Plus la décote est forte, plus le potentiel de rattrapage grandit vite.

À l’inverse, une décote positive signifie que le cours dépasse le prix juste. Microsoft, noté 9,5/12, avait un prix juste d’environ 402 dollars pour un cours proche de 509 dollars, soit une décote de +26 %. Apple, noté 8,5/12, se situait à plus du double de son prix juste selon ma grille.

Comment je m’en sers concrètement

La décote pilote les achats et les ventes du portefeuille public. Chaque vendredi, il achète l’entreprise qui présente la plus forte décote, parmi celles qui atteignent au moins 10/12 en qualité, affichent des révisions d’analystes haussières et une décote d’au moins 20 %.

Côté vente, une position est cédée quand sa décote dépasse +10 %, c’est-à-dire quand le cours dépasse nettement le prix juste. C’est ce qui est arrivé à Microsoft fin août 2026 : avec une décote de +28 %, la ligne a été vendue avec une belle plus-value, et le produit a été réinvesti selon les mêmes règles.

Les limites de ce calcul

Le prix juste dépend entièrement des prévisions des analystes. Si elles se révèlent trop optimistes, le prix juste l’est aussi. C’est une raison de plus pour exiger une marge de sécurité.

Les multiples fixes ont leurs défauts. Un PER de 30 peut sembler raisonnable quand les taux d’intérêt sont bas, et beaucoup plus exigeant quand ils montent. Ma grille ne tient pas compte du contexte de taux, ce qui la rend plus simple mais moins fine.

Enfin, une décote spectaculaire doit toujours interroger. Quand une entreprise notée 12/12 se traite à moins de dix fois ses bénéfices attendus, le marché anticipe souvent une baisse de ces bénéfices. C’est exactement le terrain des value traps, et c’est pour ça que je combine la décote avec le filtre des révisions d’analystes.

Pour situer les ordres de grandeur, lors de mon scan de fin septembre, 104 entreprises sur 416 affichaient une décote d’au moins 20 %, et 212 se situaient à plus de 10 % au-dessus de leur prix juste. Selon ma grille, la moitié de la liste était trop chère pour être achetée.

Pour aller plus loin

Le calcul du prix juste est détaillé sur la page Méthodologie, avec les autres piliers de la méthode. Sur le Discord, la commande !analyse suivie du code d’une action affiche son prix juste en quelques secondes, avec le potentiel de hausse pour l’atteindre, et le screening de chaque soir liste les entreprises qui passent sous le seuil des 20 %.

Article à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les entreprises citées illustrent la méthode, sans recommandation d’achat ou de vente. Les chiffres proviennent des données de marché de fin septembre 2026. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.

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