Le gaz naturel liquéfié traverse les océans à -163 °C, dans des cuves qui doivent rester étanches pendant des décennies. La plupart de ces cuves sont conçues par une entreprise de 862 salariés installée à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines : GTT. Depuis fin 2015, tous les grands méthaniers commandés dans le monde utilisent sa technologie.
GTT obtient 12/12 dans mon screener, la note maximale, avec une rentabilité hors normes. Voyons comment fonctionne ce modèle, ce que disent les derniers chiffres et à quel prix se paie l’action GTT.
Action GTT : l’essentiel en un coup d’œil
| Code | GTT (Euronext Paris) |
| Activité | Conception de systèmes de cuves à membranes pour le transport et le stockage du gaz liquéfié, sous licence |
| Chiffre d’affaires | 803 M€ en 2025 (+25 %), 740 à 780 M€ visés en 2026 |
| Capitalisation | environ 7,6 milliards € |
| Note qualité Compounders | 12/12 |
| Cours | 205 € (23/10/2026) |
| Prix juste (ma méthode) | 327 € |
| PER sur les bénéfices attendus | environ 17 |
| Dividende | 8,94 € au titre de 2025, soit environ 4,4 % au cours actuel |
| Éligible au PEA | oui |
Une PME d’ingénieurs devenue incontournable
GTT est né en 1994 de la fusion de Gaztransport et de Technigaz, deux pionniers français des années 1960, et il est coté à la Bourse de Paris depuis février 2014. Ses deux familles de technologies, Mark III et NO96, tapissent l’intérieur de la coque d’une fine membrane métallique posée sur une isolation, ce qui laisse plus de place à la cargaison que les cuves sphériques concurrentes.
Le groupe vit de l’innovation : il y consacre en moyenne 10 % de son chiffre d’affaires depuis dix ans et détenait 3 637 brevets actifs fin 2025. Entre 2016 et 2025, les 575 grands méthaniers commandés dans le monde utilisent ou utiliseront ses systèmes. Il s’est aussi diversifié vers les navires propulsés au gaz, les services et le numérique maritime, avec le rachat du danois Danelec en juillet 2025, et a arrêté en 2025 le projet d’usine de son activité hydrogène, Elogen.
Comment GTT gagne de l’argent
GTT vend de la technologie sous forme de licences aux chantiers navals, surtout coréens (Samsung Heavy Industries, Hanwha Ocean, HD Hyundai) et, depuis 2023, chinois. Pour chaque navire, le chantier paie une redevance, que GTT enregistre au fil de la construction, entre la découpe des premières tôles et la livraison. Ce système de cuves représente environ 3 % du prix d’un méthanier de 174 000 m³, une dépense faible pour un élément critique du navire.
| Activité en 2025 | Part du chiffre d’affaires |
|---|---|
| Systèmes de confinement (méthaniers, éthaniers, unités flottantes, réservoirs) | 90 % |
| Solutions marines et digitales | 4 % |
| Services aux opérations | 3 % |
| GNL carburant (navires de commerce et de croisière) | 2 % |
| Électrolyseurs (Elogen) | 1 % |
Ce décalage entre commande et chiffre d’affaires donne une visibilité rare : un méthanier se construit en trois ans environ. Fin 2025, le carnet de commandes représentait 1 591 M€ de chiffre d’affaires futur, dont 609 M€ pour 2026, 542 M€ pour 2027, 286 M€ pour 2028 et 155 M€ au-delà.
Pourquoi la note est de 12/12
GTT coche toutes les cases de mon score qualité, avec des niveaux que l’on croise rarement.
| Critère | GTT | Points |
|---|---|---|
| ROCE (médiane 4 ans) | 70,2 % (73,6 % en 2025) | 2/2 |
| ROE (médiane 4 ans) | 65,1 % (70,3 % en 2025) | 2/2 |
| Marges brute, opérationnelle et nette (médianes) | 93,7 %, 56,3 % et 49,3 % | 4/4 |
| Investissements en % du chiffre d’affaires | 8,2 % | inclus ci-dessus |
| Croissance du chiffre d’affaires | 25,2 % en 2025 | 2/2 |
| Croissance du cash-flow libre | 27,7 % en 2025 | 2/2 |

| Exercice | Chiffre d’affaires | Marge opérationnelle | Cash-flow libre |
|---|---|---|---|
| 2022 | 307 M€ | 49,5 % | 119 M€ |
| 2023 | 428 M€ | 54,3 % | 173 M€ |
| 2024 | 641 M€ | 58,4 % | 300 M€ |
| 2025 | 803 M€ | 64,9 % | 383 M€ |
En quatre ans, le chiffre d’affaires a été multiplié par 2,6, porté par la vague record de commandes de 2022 (162 méthaniers). En 2025, l’EBITDA a atteint 541,8 M€, soit 67,5 % du chiffre d’affaires, et le résultat net 413,6 M€. GTT redistribue environ 80 % de son bénéfice en dividendes et affichait une trésorerie nette positive de 346,9 M€ fin 2025.
Combien vaut l’action
Le prix juste selon ma méthode
Avec une note de 12/12, mon prix juste applique un PER de 30 aux bénéfices attendus pour l’an prochain (12,11 € par action selon le consensus), puis une marge de sécurité de 10 %. Résultat : 327 €, pour un cours de 205 € le 23 octobre 2026 : le cours se situe 37 % sous ce prix juste.
Le marché, lui, ne paie que 17 fois les bénéfices attendus, et il a ses raisons : le bénéfice par action attendu en 2026 (11,31 €) est presque identique à celui de 2025 (11,2 €), et GTT dépend d’un seul marché, cyclique. Un PER de 30 suppose que la croissance reprenne durablement. Les 12 analystes qui suivent le titre visent en moyenne 234 €. Sur 52 semaines, le cours a évolué entre 153,80 € et 227 €.
Trois scénarios à l’horizon fin 2028
Le point de départ est le bénéfice attendu par les analystes pour 2027, environ 12,10 € par action. Les hypothèses sont les miennes.
| Scénario | Hypothèses | BPA 2028 | PER | Cours | Potentiel |
|---|---|---|---|---|---|
| Pessimiste | Les commandes de méthaniers retombent après 2026 et une technologie coréenne gagne des parts. | 9 € | 13 | 117 € | -43 % |
| Central | Les commandes de 2026 nourrissent 2027 et 2028, la croissance reste modeste. | 13 € | 17 | 221 € | +8 % |
| Optimiste | Nouvelle vague de projets de liquéfaction et montée en puissance du numérique. | 15 € | 20 | 300 € | +46 % |
Le dividende, autour de 9 € par action et par an, s’ajoute à ces potentiels. Avec ce rendement, une partie du résultat arrive directement dans la poche de l’actionnaire, quel que soit le scénario.
Derniers résultats : activité à fin septembre 2026
Publiés le 23 octobre 2026.
| Montant | Évolution sur un an | |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires sur 9 mois | 570,1 M€ | -4,9 % |
| dont redevances sur méthaniers et éthaniers neufs | 467,9 M€ | -11,4 % |
| dont GTT Marine (solutions marines et digitales) | 47,4 M€ | +138,2 % |
| Chiffre d’affaires du seul 3e trimestre (calcul) | 182,8 M€ | -13,3 % |
| Commandes reçues sur 9 mois | 80, dont 71 méthaniers | deuxième meilleure performance commerciale |
| Carnet de commandes (activité principale) | 299 unités, 1,8 Md€ | au 30 septembre 2026 |
Le recul était prévu : il suit le creux de commandes de 2025 (37 méthaniers), qui se retrouve aujourd’hui dans le nombre de navires en construction. Le chiffre du seul troisième trimestre est mon calcul, à partir des 9 mois et du premier semestre publiés par GTT (387,3 M€ en 2026, 388,7 M€ en 2025).
La bonne nouvelle est commerciale : 80 commandes en neuf mois, dans une année où 51 millions de tonnes par an de nouvelles capacités de liquéfaction ont été décidées depuis janvier. Le conflit au Moyen-Orient décale quelques livraisons vers leurs dates contractuelles, pour moins de 2 % du chiffre d’affaires des 9 mois.
Les objectifs 2026 sont confirmés : chiffre d’affaires de 740 à 780 M€ (le consensus est à 768 M€), EBITDA de 490 à 530 M€ et politique de dividende maintenue. Au premier semestre, le résultat net avait progressé de 16,9 % à 210,4 M€, et un acompte de 4,30 € par action sera versé le 10 décembre 2026.
Prochaine publication : résultats annuels 2026, le 24 février 2027. Cette section sera mise à jour.
GTT dans mes portefeuilles
GTT fait partie de Le PEA, mon portefeuille simulé de qualité éligible au PEA : c’est l’achat de la semaine du 25 septembre 2026. Au 23 octobre, la ligne pesait 8 % du portefeuille, en baisse de 6,3 %. Le suivi complet est sur la page Portefeuille. Transparence : je détiens aussi des actions GTT à titre personnel.
Mon avis
GTT affiche une rentabilité exceptionnelle : une position dominante protégée par des brevets et par la confiance des armateurs, très peu de capital à immobiliser et un dividende généreux. Le carnet de commandes donne une visibilité de plusieurs années, ce qui est rare pour un titre de cette taille.
Le revers, c’est la concentration : environ 87 % du chiffre d’affaires 2025 vient des méthaniers, un marché qui suit les grands projets de liquéfaction, très irréguliers d’une année à l’autre. GTT lui-même considère les cuves développées par certains chantiers coréens et par l’opérateur gazier Kogas (KC-2) comme un risque technologique significatif.
Trois signaux me feraient changer d’avis :
- une première série de grands méthaniers commandée avec une technologie concurrente ;
- un carnet de commandes qui baisse deux années de suite ;
- une marge d’EBITDA qui retombe durablement sous 60 %.
Fiche à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une recommandation d’achat ou de vente. Transparence : je détiens des actions GTT à titre personnel. Sources : activité du 3e trimestre 2026 de GTT, résultats du 1er semestre 2026, résultats annuels 2025, document d’enregistrement universel 2025, comptes annuels et consensus Yahoo Finance, données de marché du 23 octobre 2026. Les portefeuilles cités sont simulés, à capital fictif. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.
