Quand tu paies une course Uber, un abonnement Spotify ou un repas chez McDonald’s, il y a de bonnes chances que le paiement passe par une entreprise néerlandaise encore peu connue du grand public : Adyen. En six mois, elle a traité plus de 800 milliards d’euros de paiements, l’équivalent du PIB annuel des Pays-Bas.
Adyen obtient 10/12 dans mon screener. C’est une machine d’une rare efficacité : une seule plateforme construite en interne, des marges de géant du logiciel et une croissance de plus de 20 % par an. L’action, elle, reste très loin de son record de 2021. Le PEA l’a achetée vendredi dernier.
L’essentiel en un coup d’œil
| Code | ADYEN (Euronext Amsterdam), éligible au PEA |
| Activité | Traitement des paiements pour les grandes entreprises, en ligne et en magasin |
| Revenus nets | 1,3 milliard € au premier semestre 2026 (+19 %) |
| Paiements traités | 804 milliards € au premier semestre 2026 (+24 %) |
| Capitalisation | environ 30 milliards € |
| Note qualité Compounders | 10/12 |
| Cours | 947 € (17/10/2026) |
| Prix juste (ma méthode) | 1 054 € |
| PER sur les bénéfices attendus | environ 20 |
| Révisions des analystes | 🟡 neutres |
Une plateforme construite d’un seul bloc
Adyen naît en 2006 à Amsterdam. Ses fondateurs, Pieter van der Does et Arnout Schuijff, avaient déjà créé puis vendu une société de paiement en ligne. Leur constat : les grandes entreprises jonglent avec des dizaines de prestataires différents selon les pays et les canaux de vente. Ils décident de tout reconstruire en une seule plateforme maison, capable d’accepter n’importe quel moyen de paiement, partout dans le monde.
Le pari fonctionne. Adyen séduit les géants du numérique, puis la grande distribution, et entre en Bourse en 2018 : l’action double dès le premier jour. Elle atteint son record fin 2021, avant de chuter brutalement en août 2023, quand un ralentissement de la croissance fait perdre près de 40 % au titre en une séance.
Comment Adyen gagne de l’argent
Adyen prélève une petite commission sur chaque paiement qu’elle traite, autour de 16 centimes pour 100 euros. C’est minuscule, mais appliqué à des centaines de milliards d’euros, cela fait plus de 2,5 milliards d’euros de revenus nets par an. Les clients sont surtout de très grandes entreprises, qui traitent d’énormes volumes.
| Premier semestre 2026 | Revenus nets | Croissance |
|---|---|---|
| Paiements en ligne (Digital) | 720 millions € | +13 % |
| Commerce unifié (en ligne et en magasin) | 418 millions € | +25 % |
Le moteur qui accélère, c’est le commerce unifié : les enseignes qui veulent gérer leurs ventes en ligne et en magasin sur une seule plateforme, avec les mêmes données clients. Adyen développe aussi des services financiers pour les plateformes, comme des comptes et des cartes pour les vendeurs qu’elles hébergent.
Le modèle a une force rare : une seule base de code, développée en interne, sans empilement de systèmes rachetés. Ça permet d’ajouter des pays et des fonctions très vite, et de garder des coûts maîtrisés. La marge d’EBITDA atteint 49 %, et la direction vise plus de 55 % en 2028.
Les risques
- La pression sur les prix : pour gagner les plus gros clients, Adyen accepte des commissions plus basses. Sa commission moyenne recule, ce qui oblige à compenser par les volumes.
- Une concurrence féroce : Stripe, PayPal et sa filiale Braintree, Checkout.com, et les banques elles-mêmes se battent pour les mêmes grands comptes.
- La dépendance aux gros clients : quelques géants pèsent lourd dans les volumes, et le départ de l’un d’eux se voit immédiatement dans la croissance.
- Une valorisation exigeante : même après sa chute, l’action se paie environ 20 fois les bénéfices attendus. Le moindre ralentissement est sanctionné, comme l’a montré août 2023.
Pourquoi la note est de 10/12
Adyen coche toutes les cases de rentabilité et de croissance de mon score qualité, mais perd deux points sur l’évolution de son cash-flow libre.
| Critère | Adyen | Points |
|---|---|---|
| ROCE (médiane 4 ans) | 20 % | 2/2 |
| ROE (médiane 4 ans) | 22 % | 2/2 |
| Marges brute, opérationnelle et nette | 88 %, 38 % et 39 % | 4/4 |
| Investissements en % du chiffre d’affaires | 4 % | inclus ci-dessus |
| Croissance du chiffre d’affaires | 19 % par an | 2/2 |
| Croissance du cash-flow libre | en baisse | 0/2 |

Le cash-flow libre d’Adyen fluctue beaucoup d’une année à l’autre, au gré des investissements et des montants en transit pour le compte des clients. Sur le fond, l’entreprise reste très rentable et dispose d’une trésorerie importante, sans dette.
Combien vaut l’action
Le prix juste selon ma méthode
Avec une note de 10/12, mon prix juste applique 22,5 fois les bénéfices attendus pour 2027, environ 46,80 € par action. Résultat : 1 054 €, pour un cours de 947 €, soit une décote de 10 %.
L’action se paie donc à peu près ce qu’elle vaut selon ma méthode. C’est logique pour une entreprise qui grandit de plus de 20 % par an : le marché anticipe déjà une partie de cette croissance. Le PEA l’a achetée parce qu’elle reste sous la limite de 20 % au-dessus du prix juste ; la décote compte peu ici.
Trois scénarios à l’horizon fin 2028
Le point de départ est le bénéfice attendu pour 2026, environ 38,50 € par action.
| Scénario | Hypothèses | BPA 2028 | PER | Cours | Potentiel |
|---|---|---|---|---|---|
| Pessimiste | La pression sur les prix s’accentue, la croissance retombe vers 12 %, le marché paie moins cher. | 50 € | 18 | 900 € | -5 % |
| Central | Croissance de 20 % par an, marge qui progresse vers 55 % comme prévu. | 60 € | 22 | 1 320 € | +39 % |
| Optimiste | Le commerce unifié et les services financiers accélèrent, le marché retrouve son enthousiasme. | 65 € | 28 | 1 820 € | +92 % |
Même le scénario pessimiste suppose des bénéfices en hausse, parce que la croissance d’Adyen reste solide. Le vrai risque porte sur le multiple, que le marché peut comprimer brutalement au premier trimestre décevant.
Derniers résultats : premier semestre 2026
Publiés en août 2026.
| Montant | Évolution sur un an | |
|---|---|---|
| Revenus nets | 1,3 milliard € | +19 % (+21 % à changes constants) |
| Paiements traités | 803,8 milliards € | +24 % |
| dont commerce unifié | 418 millions € | +25 % |
| EBITDA | 641,5 millions € | marge de 49 % |
Un semestre solide, salué par la Bourse : les volumes progressent plus vite que les revenus, signe que la commission moyenne baisse, mais la croissance reste supérieure à 20 % à changes constants. Adyen a aussi racheté deux sociétés, Talon.One et Orb, qui coûtent un point de marge cette année.
La direction vise une croissance des revenus nets de 21 à 23 % à changes constants en 2026 et confirme son objectif d’une marge d’EBITDA supérieure à 55 % en 2028. Je surveille en priorité la commission moyenne : si elle baisse trop vite, la croissance des volumes deviendra insuffisante pour protéger les marges.
Prochaine publication : début novembre 2026 pour le point d’activité du troisième trimestre. Cette section sera mise à jour.
Adyen dans mes portefeuilles
Le PEA a acheté une action Adyen le 16 octobre 2026, à 947 €, lors de son premier passage en direct. Le Régulier, qui exige une décote d’au moins 20 %, la laisse de côté pour l’instant. Le suivi complet est sur la page Portefeuille.
Mon avis
Adyen est l’une des plus belles entreprises européennes : une technologie maison, une culture d’ingénieurs, des marges élevées et une croissance qui reste forte après vingt ans d’existence. C’est le type d’entreprise que j’aime détenir longtemps.
Son principal défaut, c’est son prix. Le marché la paie déjà comme une entreprise de croissance, et la moindre déception se paie cher. Je pense qu’une petite ligne accumulée dans la durée, comme le fait le PEA, reste la meilleure approche, en profitant des baisses pour renforcer.
Trois signaux me feraient changer d’avis :
- une croissance des revenus nets qui retombe sous 15 % à changes constants ;
- une marge d’EBITDA qui recule durablement, signe d’une guerre des prix perdue ;
- une note qualité qui passe sous 8/12 ou des révisions de bénéfices qui virent au rouge : dans mes portefeuilles, chacun de ces signaux déclenche automatiquement la vente.
Fiche à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une recommandation d’achat ou de vente. Sources : communiqués et rapports semestriels d’Adyen, données de marché du 14 octobre 2026, presse financière. Les portefeuilles cités sont simulés, à capital fictif. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.
