Si tu as déjà acheté un nom de domaine, il y a de bonnes chances que ce soit chez GoDaddy. L’entreprise gère plus de 80 millions de noms de domaine pour plus de 20 millions de clients, surtout des petites entreprises : artisans, restaurants, consultants, boutiques en ligne. Pour eux, GoDaddy est souvent le premier pas sur Internet.
GoDaddy obtient 10,5/12 dans mon screener et génère plus de 13 % de sa valeur boursière en cash chaque année. Et pourtant, l’action a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis son record. La raison : le marché craint que l’intelligence artificielle rende ses services moins nécessaires. C’est la dernière entrée du Régulier.
L’essentiel en un coup d’œil
| Code | GDDY (New York Stock Exchange) |
| Activité | Noms de domaine, hébergement, création de sites, outils pour petites entreprises |
| Chiffre d’affaires | 1,3 milliard $ d’avril à juin 2026 (+7 %) |
| Capitalisation | environ 14 milliards $ |
| Note qualité Compounders | 10,5/12 |
| Cours | 106 $ (17/10/2026) |
| Prix juste (ma méthode) | 248 $ |
| PER sur les bénéfices attendus | environ 12 |
| Rendement du cash-flow libre | environ 13 % |
| Révisions des analystes | 🟢 haussières |
De la publicité tapageuse à la machine à cash
GoDaddy naît en 1997 sous le nom de Jomax Technologies, fondée par Bob Parsons, un ancien Marine devenu entrepreneur. L’entreprise se fait connaître dans les années 2000 par des publicités provocantes diffusées pendant le Super Bowl, et devient le premier vendeur de noms de domaine au monde.
Rachetée en 2011 par des fonds d’investissement, elle entre en Bourse en 2015. Depuis 2019, son PDG Aman Bhutani a recentré le groupe sur la rentabilité, poussé aussi par le fonds activiste Starboard en 2022. Le résultat est spectaculaire : des marges en forte hausse, un cash-flow libre qui dépasse 1,7 milliard de dollars par an et des rachats d’actions massifs.
Comment GoDaddy gagne de l’argent
| Avril à juin 2026 | Ventes | Croissance |
|---|---|---|
| Plateforme de base (noms de domaine, hébergement) | 783 millions $ | +4 % |
| Applications et commerce (sites, messagerie, paiement, IA) | 515 millions $ | +11 % |
Le cœur du modèle, c’est l’abonnement. Un client achète un nom de domaine, puis y ajoute une adresse e-mail professionnelle, un hébergement, un créateur de site, un certificat de sécurité ou un terminal de paiement. Chaque service se renouvelle chaque année, et plus de 85 % des clients restent d’une année sur l’autre. Les revenus récurrents annuels atteignent 4,4 milliards de dollars.
Le nom de domaine est la porte d’entrée : changer de fournisseur demande de transférer son domaine, sa messagerie et son site, une démarche que la plupart des petites entreprises préfèrent éviter. C’est le principal avantage concurrentiel de GoDaddy.
La menace : l’IA et la stagnation des clients
Deux inquiétudes pèsent sur l’action. La première, c’est la stagnation du nombre de clients : GoDaddy en a gagné seulement 22 000 au deuxième trimestre 2026, pour un total de 20,5 millions. La croissance vient presque uniquement de la hausse du panier moyen, avec des promotions qui brouillent la lecture.
La seconde, c’est l’intelligence artificielle. Des outils comme Wix ou les assistants d’IA permettent de créer un site en quelques minutes, et une partie des petites entreprises pourrait se contenter d’une page sur les réseaux sociaux ou d’une fiche Google. Le marché se demande si l’IA réduit durablement le nombre de sites dont les petites entreprises ont besoin.
GoDaddy répond avec Airo, son propre assistant d’IA qui crée un site, un logo et des contenus marketing. Ses réservations annualisées ont été multipliées par cinq en un trimestre, à 50 millions de dollars. C’est encourageant, mais encore très petit à l’échelle d’un groupe qui réalise plus de 5 milliards de chiffre d’affaires.
Pourquoi la note est de 10,5/12
GoDaddy coche presque toutes les cases de mon score qualité.
| Critère | GoDaddy | Points |
|---|---|---|
| ROCE (médiane 4 ans) | 15 % | 1,5/2 |
| ROE | plus de 400 % | 2/2 |
| Marges brute, opérationnelle et nette | 64 %, 18 % et 19 % | 3,5/4 |
| Investissements en % du chiffre d’affaires | 1 % | inclus ci-dessus |
| Croissance du chiffre d’affaires (médiane) | 7,5 % par an | 1,5/2 |
| Croissance du cash-flow libre | 25 % par an | 2/2 |

Le ROE de plus de 400 % est un artifice : GoDaddy rachète tellement d’actions, en partie à crédit, que ses fonds propres comptables sont devenus minuscules. La vraie force du dossier, c’est le cash : environ 1,8 milliard de dollars de cash-flow libre attendu en 2026, presque entièrement rendu aux actionnaires. Le nombre d’actions a encore baissé de 7 % depuis le début de l’année.
Combien vaut l’action
Le prix juste selon ma méthode
Avec une note de 10,5/12, mon prix juste applique 22,5 fois les bénéfices attendus. Résultat : 248 $, pour un cours de 106 $, soit une décote de 57 %. Comme pour Deckers, un écart aussi large mesure surtout l’ampleur de la défiance du marché, et mes classements traitent toutes les décotes au-delà de 40 % à égalité.
L’indicateur qui me parle le plus ici, c’est le rendement du cash-flow libre : environ 13 % par an. Si GoDaddy maintient simplement son activité, l’entreprise peut racheter près d’un dixième de ses actions chaque année.
Trois scénarios à l’horizon fin 2028
Le point de départ est le bénéfice attendu pour 2026, environ 7,40 $ par action.
| Scénario | Hypothèses | BPA 2028 | PER | Cours | Potentiel |
|---|---|---|---|---|---|
| Pessimiste | L’IA réduit le besoin de sites, le nombre de clients recule, les rachats compensent tout juste. | 8 $ | 9 | 72 $ | -32 % |
| Central | Croissance de 5 à 6 %, rachats massifs, Airo stabilise la base de clients. | 11 $ | 14 | 154 $ | +45 % |
| Optimiste | Airo devient un vrai relais de croissance, le marché recommence à payer la récurrence. | 12,50 $ | 18 | 225 $ | +112 % |
Le scénario pessimiste fait mal, parce qu’il suppose un vrai déclin. Mais même dans ce cas, le cash généré chaque année limite la casse.
Derniers résultats : avril à juin 2026
Publiés le 30 juillet 2026 (deuxième trimestre 2026).
| Montant | Évolution sur un an | |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 1,3 milliard $ | +7 % |
| dont applications et commerce | 515 millions $ | +11 % |
| Revenus récurrents annuels | 4,4 milliards $ | +6 % |
| Excédent brut d’exploitation normalisé | 434 millions $ | +13,7 % |
| Cash-flow libre | 443 millions $ | |
| Rachats d’actions depuis janvier | 852 millions $ | -7 % d’actions |
Un trimestre rentable, avec une marge qui gagne plus de 2 points à 33,4 %. Mais la direction a resserré son objectif de chiffre d’affaires annuel autour de +6 %, et le faible gain de clients a inquiété : l’action a chuté de 17 % en une séance, sous 83 dollars, avant de remonter depuis. L’objectif de cash-flow libre d’environ 1,8 milliard de dollars est confirmé.
Je surveille en priorité le nombre de clients et les réservations d’Airo : ce sont eux qui diront si l’IA est une menace ou une opportunité pour GoDaddy.
Prochaine publication : fin octobre 2026. Cette section sera mise à jour.
GoDaddy dans mes portefeuilles
Le Régulier a acheté GoDaddy le 16 octobre 2026, autour de 94 euros par action, avec le cash de sa semaine et celui libéré par la vente d’Intuit. C’était ce jour-là sa meilleure conviction : note élevée, forte décote et révisions haussières. Le suivi complet est sur la page Portefeuille.
Mon avis
GoDaddy ressemble à une machine à cash payée comme une entreprise en déclin. Le marché a raison de s’interroger sur la croissance des clients et sur l’effet de l’IA. Mais un rendement de 13 % en cash-flow libre laisse une marge de sécurité considérable, et la base installée de noms de domaine reste très difficile à déloger.
C’est un dossier que je classe parmi les plus risqués du Régulier, avec Oracle et Uber : la thèse repose sur l’idée que l’IA transforme le métier de GoDaddy sans le détruire. Les prochains trimestres le diront.
Trois signaux me feraient changer d’avis :
- un recul du nombre de clients deux trimestres de suite ;
- un taux de renouvellement qui passe sous 80 % ;
- des analystes qui se mettent à baisser leurs prévisions de bénéfices. Dans mes portefeuilles, cette pastille rouge déclenche automatiquement la vente de la ligne.
Fiche à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une recommandation d’achat ou de vente. Sources : communiqués de GoDaddy, presse financière, données de marché du 14 octobre 2026, presse financière. Les portefeuilles cités sont simulés, à capital fictif. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.
