En 2021, une usine de la banlieue de Madrid remplit des millions de seringues du vaccin de Moderna contre le Covid. Le laboratoire qui la possède, Rovi, voit ses ventes et son cours s’envoler. Puis la pandémie se termine, les commandes s’effondrent, et l’action redescend. Cinq ans plus tard, Rovi tente de rebâtir sa croissance autour de ce savoir-faire industriel.
Rovi obtient 10/12 dans mon screener, avec une rentabilité solide et une trésorerie positive. Mais c’est une entreprise en transition, avec des activités qui reculent et d’autres qui accélèrent. Cette fiche essaie de démêler les deux.
L’essentiel en un coup d’œil
| Code | ROVI (Bourse de Madrid), éligible au PEA |
| Activité | Laboratoire pharmaceutique : héparines, traitement de la schizophrénie, fabrication pour d’autres laboratoires |
| Chiffre d’affaires | 357 millions € au premier semestre 2026 (+13 %) |
| Capitalisation | environ 3 milliards € |
| Note qualité Compounders | 10/12 |
| Cours | 58,30 € (17/10/2026) |
| Prix juste (ma méthode) | 75,50 € |
| PER sur les bénéfices attendus | environ 18 |
| Révisions des analystes | 🟡 neutres |
Une entreprise familiale espagnole
Rovi est fondée en 1946 à Madrid et reste contrôlée par la famille López-Belmonte. Pendant des décennies, elle se spécialise dans les héparines de bas poids moléculaire, des anticoagulants injectables utilisés pour prévenir les thromboses, avec sa propre molécule, la bémiparine, puis une version générique de l’énoxaparine vendue dans toute l’Europe.
Rovi développe aussi une technologie maison de libération prolongée, baptisée ISM, qui permet d’injecter un médicament une seule fois par mois. Elle l’applique à la rispéridone, un traitement de la schizophrénie, sous le nom d’Okedi. Enfin, le groupe met ses usines au service d’autres laboratoires : c’est cette activité de sous-traitance qui a explosé avec le vaccin de Moderna.
Comment Rovi gagne de l’argent
| Premier semestre 2026 | Ventes | Croissance |
|---|---|---|
| Héparines | 130 millions € | -4 % |
| Fabrication pour des tiers (sous-traitance) | 106 millions € | +38 % |
| Okedi (schizophrénie) | 34 millions € | +27 % |
Trois moteurs tournent à des vitesses très différentes. Les héparines, historiquement le cœur du groupe, reculent : les partenaires étrangers ont accumulé des stocks, et la concurrence pèse sur les prix. Okedi progresse vite, mais part d’une petite base. La sous-traitance est le pari majeur : Rovi a racheté en avril 2026 une usine de Bristol Myers Squibb à Phoenix, aux États-Unis, signé un contrat avec une grande entreprise pharmaceutique qui démarre au second semestre, et vise environ 700 millions d’euros de ventes dans cette activité d’ici 2030.
Les risques
- La dépendance à quelques clients : la sous-traitance repose sur une poignée de grands contrats. L’épisode Moderna a montré à quel point ces revenus peuvent fondre quand un client réduit ses commandes.
- Le déclin des héparines : il pourrait durer plus longtemps que prévu, et c’est encore l’activité la plus importante du groupe.
- L’exécution industrielle : intégrer une usine américaine et monter en charge de nouveaux contrats coûte cher au départ, et pèse sur les marges en attendant les revenus.
- Un titre volatil : l’action a perdu plus de 15 % en une séance en mai 2026, après un premier trimestre décevant.
Pourquoi la note est de 10/12
Rovi réussit tous les critères de rentabilité de mon score qualité et perd deux points sur la croissance du chiffre d’affaires, en recul depuis la fin du Covid.
| Critère | Rovi | Points |
|---|---|---|
| ROCE (médiane 4 ans) | 32 % | 2/2 |
| ROE (médiane 4 ans) | 28 % | 2/2 |
| Marges brute, opérationnelle et nette | 63 %, 26 % et 20 % | 4/4 |
| Investissements en % du chiffre d’affaires | 7 % | inclus ci-dessus |
| Croissance du chiffre d’affaires | -2,7 % par an | 0/2 |
| Croissance du cash-flow libre (médiane) | 31 % par an | 2/2 |

Le bilan est sain : Rovi affichait une trésorerie nette positive de 22,5 millions d’euros fin juin 2026, après le rachat de l’usine américaine. C’est un vrai atout pour une entreprise qui doit investir pour grandir.
Combien vaut l’action
Le prix juste selon ma méthode
Avec une note de 10/12, mon prix juste applique 22,5 fois les bénéfices attendus pour 2027, environ 3,30 € par action. Résultat : 75,50 €, pour un cours de 58,30 €, soit une décote de 23 %.
Ce prix juste suppose une forte hausse des bénéfices en 2027, portée par la sous-traitance. Les analystes ont d’ailleurs légèrement abaissé leurs prévisions pour 2027 ces trois derniers mois, d’où une pastille de révisions jaune. C’est le principal point de vigilance.
Trois scénarios à l’horizon fin 2028
Le point de départ est le bénéfice attendu pour 2026, environ 2,70 € par action.
| Scénario | Hypothèses | BPA 2028 | PER | Cours | Potentiel |
|---|---|---|---|---|---|
| Pessimiste | Les héparines continuent de reculer et la sous-traitance tarde à décoller. Le bénéfice stagne. | 2,60 € | 15 | 39 € | -33 % |
| Central | La sous-traitance compense le recul des héparines, Okedi poursuit sa progression. | 3,80 € | 18 | 68 € | +17 % |
| Optimiste | Le plan 2030 tient ses promesses, l’usine américaine tourne à plein. | 5 € | 20 | 100 € | +72 % |
Le profil est plus équilibré que celui des autres fiches : le potentiel existe, mais il dépend d’une exécution industrielle sans faute, et le scénario noir coûte cher.
Derniers résultats : premier semestre 2026
Publiés le 23 juillet 2026.
| Montant | Évolution sur un an | |
|---|---|---|
| Revenus totaux | 357,0 millions € | +13,2 % |
| Revenus opérationnels | 344,2 millions € | +9,4 % |
| Excédent brut d’exploitation (hors élément exceptionnel) | 58,8 millions € | -10 % |
| Bénéfice net | 84,4 millions € | +113 % |
| Trésorerie nette | 22,5 millions € |
Le bénéfice net a plus que doublé, mais grâce à un élément exceptionnel : l’usine de Phoenix a été rachetée en dessous de sa valeur comptable, ce qui a généré un gain de 62 millions d’euros. Hors cet effet, la rentabilité recule de 10 %, freinée par les héparines. La sous-traitance progresse de 38 % et Okedi de 27 %.
La direction maintient son objectif d’une croissance des revenus opérationnels comprise entre 0 et 10 % en 2026. Je surveille en priorité les ventes de sous-traitance au second semestre, quand le nouveau contrat doit commencer à contribuer.
Prochaine publication : fin octobre 2026, pour les neuf premiers mois. Cette section sera mise à jour.
Rovi dans mes portefeuilles
Le PEA a acheté Rovi le 2 octobre 2026, à 57,40 € par action. La ligne est pour l’instant stable. Le Régulier, réservé aux titres offrant au moins 20 % de décote et des révisions haussières, la laisse de côté. Le suivi complet est sur la page Portefeuille.
Mon avis
Rovi est un dossier de transition, à surveiller de près. L’entreprise est rentable, sans dette, dirigée par une famille qui pense à long terme, et elle possède un vrai savoir-faire industriel que les grands laboratoires recherchent. Le plan de sous-traitance peut transformer le groupe d’ici 2030.
Mais tout repose sur quelques contrats et sur la montée en charge d’une usine. Tant que la sous-traitance reste en deçà du recul des héparines, je préfère une ligne de taille modeste, comme le fait le PEA, plutôt qu’un pari appuyé.
Trois signaux me feraient changer d’avis :
- la perte ou la réduction d’un grand contrat de sous-traitance ;
- des héparines qui reculent de plus de 10 % sur un an ;
- une note qualité qui passe sous 8/12 ou des révisions de bénéfices qui virent au rouge : dans mes portefeuilles, chacun de ces signaux déclenche automatiquement la vente.
Fiche à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une recommandation d’achat ou de vente. Sources : communiqués de Laboratorios Rovi, presse économique espagnole, données de marché du 14 octobre 2026, presse financière. Les portefeuilles cités sont simulés, à capital fictif. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.
