Parmi tous les ratios que je calcule, le ROCE est celui que je regarde en premier. Il répond à une question très simple : combien l’entreprise gagne-t-elle avec l’argent qu’elle a immobilisé dans son activité ? Et la réponse sépare assez vite les entreprises ordinaires de celles qui peuvent faire grossir leur valeur pendant des décennies.
Voici comment je le calcule, les niveaux que je vise, et pourquoi je lui fais davantage confiance qu’au ROE, pourtant bien plus cité.
Ce que mesure le ROCE
ROCE signifie Return On Capital Employed, la rentabilité du capital employé. Pour faire tourner son activité, une entreprise mobilise du capital : des bâtiments, des machines, des stocks, des logiciels, de la trésorerie. Le ROCE indique combien de résultat elle tire de chaque tranche de 100 € mobilisés.
Une entreprise avec un ROCE de 25 % dégage 25 € de résultat opérationnel pour 100 € engagés. Si elle réinvestit ses profits dans son activité au même rendement, sa valeur grossit vite. C’est le moteur des compounders.
La formule
Il existe plusieurs variantes. Voici celle que j’utilise, parce qu’elle se calcule avec les chiffres publiés par toutes les entreprises cotées :
ROCE = résultat opérationnel ÷ (total de l’actif − dettes à court terme)
Le dénominateur correspond aux capitaux employés : tout ce que l’entreprise possède, moins ce qu’elle doit rembourser dans l’année (fournisseurs, dettes de court terme). On obtient ainsi le capital réellement immobilisé de façon durable dans l’activité.
Un exemple rapide. Une société affiche 30 M€ de résultat opérationnel, 200 M€ d’actif total et 50 M€ de dettes à court terme. Ses capitaux employés s’élèvent à 150 M€, et son ROCE à 30 ÷ 150, soit 20 %.
Pourquoi je le préfère au ROE
Le ROE, la rentabilité des fonds propres, divise le résultat net par les capitaux propres. Il mesure la rentabilité du point de vue de l’actionnaire, ce qui est intéressant. Son défaut, c’est qu’il se laisse gonfler facilement par la dette et par les rachats d’actions, qui réduisent les capitaux propres sans rien changer à la qualité de l’activité.
Mes propres données en donnent des exemples frappants, d’après les derniers comptes annuels publiés :
| Entreprise | ROE médian | ROCE médian |
|---|---|---|
| H&R Block | plus de 600 % | 38 % |
| Mastercard | 178 % | 56 % |
| Oracle | 91 % | 13 % |
Avec un ROE de 600 %, H&R Block ressemblerait à la meilleure entreprise du monde. En réalité, des années de rachats d’actions ont réduit ses capitaux propres à presque rien, ce qui fait exploser le ratio. Son ROCE, autour de 38 %, reste excellent mais beaucoup plus réaliste. Chez Oracle, l’écart est encore plus parlant : un ROE très élevé, porté par un endettement important, pour un ROCE tout juste correct.
Je garde les deux indicateurs dans ma grille, avec 2 points chacun sur 12. Quand ils sont élevés tous les deux, comme chez Mastercard, c’est un très bon signe. Quand le ROE s’envole et que le ROCE reste moyen, je regarde de près le niveau de dette.
Les niveaux que je vise
| ROCE | Mon interprétation |
|---|---|
| plus de 20 % | Excellent, l’entreprise crée beaucoup de valeur |
| entre 10 et 20 % | Correct, à confirmer avec les autres critères |
| moins de 10 % | Faible, la création de valeur est limitée |
Le seuil de 10 % correspond à peu près au rendement que les investisseurs exigent en moyenne sur le long terme. En dessous, l’entreprise rapporte à peine plus que ce que coûte son capital. Au-dessus de 20 %, elle dispose presque toujours d’un avantage concurrentiel solide.
Parmi les quelque 400 entreprises que je garde sous surveillance, 174 dépassent 20 %. Certaines atteignent des niveaux spectaculaires : autour de 165 % pour VeriSign, 77 % pour Domino’s Pizza, 67 % pour NVIDIA ou 63 % pour Apple. Ce sont des activités qui demandent très peu de capital pour tourner, comme un registre de noms de domaine ou un réseau de franchises.
Une année ou plusieurs ?
Je calcule le ROCE de deux façons : sur la dernière année publiée, puis en médiane sur quatre ans. Chacune rapporte un point si elle dépasse 20 %, et un demi-point au-dessus de 10 %.
L’exemple d’Uber montre pourquoi. Son ROCE atteint 11 % sur la dernière année, mais sa médiane sur quatre ans plafonne à 5 %. L’entreprise s’améliore nettement, et ma grille lui accorde un demi-point pour ça. Il lui faudra encore quelques années de ce niveau pour gagner le reste.
Les limites à connaître
Le ROCE convient mal aux banques et aux assurances, dont le bilan fonctionne d’une façon très différente. Ma grille leur applique les mêmes critères qu’aux autres entreprises, donc je lis leur score avec prudence.
Les grosses acquisitions faussent aussi la lecture. Quand une entreprise rachète un concurrent, le prix payé vient gonfler ses capitaux employés, et son ROCE baisse mécaniquement pendant quelques années, même si l’opération se révèle excellente.
Enfin, un ROCE très élevé peut parfois venir de capitaux employés très faibles, voire négatifs. Dans ce dernier cas, mon calcul ignore l’année concernée, car le ratio perd tout son sens.
Où trouver le ROCE d’une entreprise
Peu d’entreprises le publient directement. Tu peux le calculer toi-même à partir du rapport annuel, avec la formule ci-dessus. Sur le Discord de Compounders.fr, la commande !analyse suivie du code d’une action affiche le score qualité détaillé, dont les points obtenus sur le ROCE et le ROE.
Le ROCE fait partie des cinq familles de critères de mon score qualité, présentées en détail sur la page Méthodologie. Si tu veux voir ces scores évoluer chaque semaine sur plus de 1 200 entreprises, la bêta est gratuite.
Article à visée éducative, qui ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les chiffres cités proviennent des comptes annuels publiés, tels que calculés par Compounders.fr en septembre 2026. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.